Entrevue réalisée en novembre 2015

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Personnalité du mois de janvier 2014 de La Liberté/Radio-Canada, Guy Gagnon est la personnalité du mois de mars 2016 du RDÉE Canada !

C’est un homme à la fois ému et fier qui nous consacre le temps de cette entrevue : «  je reviens de m’être engagé dans un troisième voyage humanitaire, cette fois en Bolivie, en Amérique du Sud. Nous avons travaillé sur la construction de cinq projets pour un orphelinat. » dit-il (voir article ci-joint).

Ce manitobain connait bien l’entraide et la solidarité. En effet, Sainte-Agathe au Manitoba, où réside Guy Gagnon, est une communauté rurale de 800 habitants (dont 40 % sont francophones). Les gens de son patelin vivaient jusqu’en 1998 sous une épée de Damoclès. « Avec les crues de dégel historiques et périodiques de la Rivière Rouge, nous sommes dans une zone sensible, parfois dangereuse, où de nombreuses personnes ont déjà perdu beaucoup en terme de propriété. Il faut pouvoir se relever ensuite. Ici, nous nous devons d’être solidaires, tant avec les anciens qu’avec les nouveaux arrivants ». Avec la nouvelle digue d’argile construite depuis 1998, le problème a été résolu pour de bon », explique-t-il. Chez lui comme ailleurs, Guy Gagnon est donc un homme impliqué qui a obtenu le respect de ses concitoyens.

Avec un diplôme en Éducation de l’université de Saint Boniface, ce professeur à la retraite fut longtemps impliqué dans le milieu scolaire, notamment dans un Programme alternatif qui visait à régler les problèmes de décrochage scolaire chez les adolescents. L’objectif du Programme était de conduire les jeunes à obtenir un diplôme scolaire, qui lui-même, allait les mener à un programme d’apprentissage de métiers de 4 à 5 ans. Le résultat : une certification dans un métier de leur choix qui aboutissait à leur insertion sur le marché du travail.

Aujourd’hui sa passion comme éducateur se poursuit à titre de formateur en alphabétisation. En 2015- 2016, vingt-cinq adultes anglophones se sont inscrits à ses cours afin d’apprendre à mieux communiquer et comprendre le français ainsi qu’à appuyer et aider leurs enfants, tout au long de leur scolarité. Il est en effet fréquent que ces adultes soient aussi parents d’enfants inscrits à l’École de Sainte-Agathe, une institution scolaire qui offre une programmation complètement en français.

Par ailleurs, son épouse Suzanne et lui ont transformé leur maison en un gîte nommé Gîte Maison près de la rivière Rouge. Les deux accueillent des voyageurs provenant de plusieurs régions du Canada, des États-Unis et même d’Europe.

Enfin, il est, bien sûr, un des membres actifs du Conseil d’administration du RDÉE Canada.

 

L’équilibre de deux langues? Le Manitoba, ce « juste milieu » cher à Guy Gagnon

Il n’est pas étonnant que le centre de gravité de ses activités, passions et même de son militantisme, soit ancré autour de Saint-Boniface, banlieue francophone de la capitale provinciale de Winnipeg.

« Nos ancêtres du Québec, attirés par la promesse du clergé de pouvoir obtenir des terres agricoles, ont entrepris le grand voyage vers l’ouest. Ces familles nombreuses et homogènes ont constitué les communautés francophones de l’époque. Leurs traces sont là, dans la toponymie, avec des noms comme Saint-Pierre-Jolys, Sainte-Adolphe, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Malo, Sainte-Anne des Chênes, Saint-Léon, Notre Dame de Lourdes, Saint-Claude. Il existe aussi une communauté métisse de grande importance située aux abords du Lac Manitoba qui se nomme Saint-Laurent. De fait, l’auteure de renommée internationale, Gabrielle Roy, le chanteur réputé, Daniel Lavoie, la sénatrice et grande défenseure des droits francophones, Maria Chaput, se comptent parmi les nombreux franco-manitobains et franco-manitobaines ayant laissé leur indélébile marque et influence dans le monde de la littérature, de la musique, de la politique, du droit, de l’éducation et des affaires. À travers tout cela, l’histoire francophone du Manitoba est une histoire de luttes juridiques et législatives, depuis les temps mouvementés de Louis Riel, grâce à qui les droits des Métis et des francophones du Manitoba ont été reconnus. »

Cet héritage de luttes constitue la fierté politique de gens comme M. Gagnon. En effet, le risque d’assimilation existait bel et bien : « À un certain temps dans son histoire, si la situation politique manitobaine avait continué, particulièrement en ce qui concerne l’imposition d’une loi en 1916 interdisant l’instruction du français dans les écoles publiques à caractère francophone, la communauté se serait fait assimiler par la majorité anglaise ».

En 1870, plus de la moitié de la population provinciale était francophone. Aujourd’hui, elle se situe autour de 10 %. Cette diminution du poids démographique n’empêche cependant pas la communauté francophone d’être influente. « Le résultat de notre résistance par la voie politique et la contestation judiciaire, se traduit par le fait que, de nos jours, le gouvernement se doit d’agir avec beaucoup de respect et de sensibilité, car si l’on va à l’encontre des désirs et aspirations de la communauté franco-manitobaine, on risque gros par rapport à l’appui électoral. ».

 

Éduquer, partager et parler en français… la voie de l’équilibre.

« Bien que ça n’ait pas toujours été historiquement chose facile, la Province du Manitoba est de plus en plus accommodante envers sa population francophone » affirme avec conviction M. Gagnon. « Au Canada nous sommes vus comme un modèle du bilinguisme réussi. » Un cas concret? « Je siège à l’office régionale de santé: Southern Health -Santé Sud. À titre de membre de ce conseil d’administration, je me dois d’assurer que les services soient disponibles dans les deux langues et ce, sur un territoire majoritairement anglophone. »

Cette discussion n’est pas sans rappeler un, parmi plusieurs épisodes de luttes pour les services en français. C’est celui des panneaux bilingues arrêt/stop que la ville de Winnipeg voulait rendre unilingues en 2001, et qui, suite à de fortes revendications, notamment de la Société franco-manitobaine, sont redevenus bilingues. Ce qui est significatif là-dedans, c’est qu’une politique linguistique de ce genre, peut avoir un effet domino sur des politiques et des projets de lois plus importants. Aussi, les membres de la communauté se doivent d’être constamment vigilants.

«  Nos leaders francophones hommes et femmes, sont les réservoirs de la langue maternelle et parlent au nom d’une communauté en pleine évolution. »

La province du Manitoba et la communauté franco-manitobaine se sont d’ailleurs dotées de plusieurs outils et institutions afin de démontrer cette réalité francophone. Les États-généraux et le Projet de loi 6 qui visent à mettre en place, une fois pour toute, une loi pour enchâsser les services en français, ne sont que deux exemples qui permettront de surmonter ce que M. Gagnon appelle « un examen actuel de conscience » à la question existentielle: « Que veut dire être francophone au Manitoba en 2016 ? ».

M. Gagnon partage sa réflexion, qu’au-delà d’un attachement à cette langue, les inquiétudes des francophones issus du monde entier ne sont pas forcément les mêmes. « Mais nous continuerons à encourager les gens à apprendre non pas une, mais les deux langues officielles du Canada » comme le prouve l’implication des organismes franco-manitobains dans l’accueil des réfugiés syriens. « Il y a un rôle à jouer pour soutenir leur intégration! »

Comme le lui a dit un collègue :

« Il est important de ne jamais prendre sa retraite. L’engagement demeure le pouls qui mesure le battement du cœur de sa communauté. »

Nous aurons donc sûrement le plaisir d’entendre M. Gagnon, parler à nouveau de ses engagements.