Si la communauté francophone de Terre-Neuve-et-Labrador est restreinte, les ambitions de ceux qui oeuvrent à son développement économique sont grandes. Depuis plus de 15 ans, le Réseau de développement économique et d’employabilité de Terre-Neuve-et-Labrador (RDÉE TNL) vient en aide aux entrepreneurs et travailleurs francophones pour leur permettre de développer leurs activités. Forte d’un patrimoine français important, la province présente « des atouts que les francophones apprécieraient chez nous », déclare Michael Clair, président du conseil d’administration du RDÉE TNL.

CarolinaHerrera-DG-RDEE-TNLLes efforts de l’organisation sont doubles : d’une part, aider les personnes qui le souhaitent à développer leur entreprise en français, et d’autre part, connecter les entreprises anglophones de la province à des marchés et clients francophones. Le RDÉE TNL voit même plus loin et souhaite jouer un rôle d’intermédiaire entre les entreprises de la région et les marchés européens. Carolina Herrera, directrice générale par intérim de l’organisme, résume ainsi : « Notre objectif global est de faire valoir le français en tant que valeur ajoutée dans notre province. »

Aujourd’hui, une soixantaine d’entreprises de Terre-Neuve-et-Labrador sont capables de proposer des services en français. Pour leur donner de la visibilité, le RDÉE TNL a créé un programme appelé Hello/Bonjour : sous forme de répertoire, le site présente ces différentes sociétés qui ne sont pas seulement des opérateurs touristiques, mais aussi des avocats ou encore des restaurateurs.

Une partie des Terre-neuviens, sans même savoir parler la langue, revendique une identité francophone. En effet, la population française a longtemps dominé l’île avant d’être chassée par les Anglais. « Cet héritage culturel se traduit par la musique, les noms de famille ou de lieux qui ont survécu à l’anglicisation », raconte Michael Clair. On trouve notamment à Terre-Neuve le French shore, la côte ouest de l’île où les pêcheurs français disposaient d’un droit de pêche jusqu’en 1904. Le défi pour le RDÉE TNL est de déterminer comment mettre ce patrimoine en valeur.

Pour Carolina Herrera, ça ne fait pas de doute : le développement économique de la région passera par le tourisme. « Il y a beaucoup de potentiel dans la région de Port-au-Port, dont l’héritage français est riche », explique-t-elle. Le RDÉE TNL se présente comme l’organisme clé qui permettra d’outiller les entrepreneurs pour qu’ils investissent dans cet héritage et qu’ils le mettent en valeur. « Nous mettons tout en œuvre pour aider les entrepreneurs à construire des produits francophones et attirer des touristes grâce à cela. » Beaucoup d’artisans sous-estiment encore le potentiel de leurs produits; c’est l’ambition du RDÉE TNL de mettre en place des projets qui permettront à ces producteurs d’avoir une nouvelle source de revenu.

Clair, Michael - RDEE TNLL’appel de l’aventure est, pour Michael Clair, un autre point fort de la province qui pousse de plus en plus de visiteurs à venir la découvrir.. « Beaucoup de francophones apprécient le tourisme de nature. C’est une de nos forces », explique-t-il. Les amateurs de camping ou de sport et les amoureux des grands espaces peuvent trouver leur bonheur dans la région – en particulier les Québécois. « Terre-Neuve et le Québec sont deux cultures qui se connaissent », explique le président du RDÉE TNL. Une bonne raison de développer davantage de services en français!

Il s’agit donc non seulement de miser sur les francophones de souche mais aussi sur les opérateurs touristiques anglophones dont on peut renforcer la capacité à proposer des services en français : « On ne peut pas les transformer en opérateurs bilingues, mais au moins leur donner le matériel pour recevoir des touristes francophones » avance la directrice générale par intérim du RDÉE TNL. Création de brochures, matériel promotionnel… l’organisme donne à toute sa clientèle les moyens de répondre à la pluralité des attentes des touristes, et, parfois, prend les devants. « Le gouvernement provincial n’est pas vraiment intéressé pour faire du marketing en français, donc on a pris l’initiative », déclare Michael Clair. Le bureau publie en effet un guide touristique tous les deux ans, qui met l’accent sur le patrimoine français.

Le RDÉE TNL propose aussi un volet d’activités ouvert à tous. « Les gens sont parfois hésitants, au début, à parler en français », détaille Carolina Herrera, « mais à la fin, ils se sentent plus à l’aise avec la langue et repartent en disant « Merci, bonne soirée! »
C’est là aussi une action importante : redonner aux gens de Terre-Neuve-et-Labrador confiance dans la francophonie de leur province.

Préparé par: LaLiberte